Tableaux
Dernière mise à jour de cette page le 14/06/2008
UN MONDE EPATANT
ou Le Pouvoir Aux Imbéciles
de Jean Louis BOURDON
tel : 06 20 24 59 90
(Un homme est assis par terre ou sur un petit cagot en bois, il est entouré de tout un bazar et d'un caddy, Il a entre 50 et 75 ans, il écoute une radio qui donne de la musique classique. Après un moment, un homme, âgé de 30 à 50 ans, entre sur la scène, il a l'air un peu hagard, il regarde le SDF et allume une cigarette. )
LE SDF - Hé! Monsieur! Vous n'auriez pas une cigarette pour moi? Pour un vieux type qui touche même pas de pension! Hein! Hé! Une petite clope pour me remonter le moral!
(L'homme s'approche et lui tend une cigarette.)
- Vous êtes bien bon jeune homme. Un bien brave monsieur. Merci! Que dieu vous bénisse! Si vous en avez une deuxième je dis pas non, parce que si des fois vous repartiez tout de suite j'en aurais une pour tout à l'heure! Hein! Merci! C'est vraiment très gentil! C'est très aimable à vous!
(L'homme va s'asseoir à quelques mètres du SDF sur une sorte de petit muret, après un temps.)
- Vous êtes fatigué, c'est ça? Vous avez crapahuté toute la sainte journée et vous faite une petite pose? Vous avez bien raison!
(Il boit à la bouteille et prend dans les mains une paire de chaussure à côté de lui.)
- Hier on m'a refilé des godasses ! Y'a vraiment des gens qui manquent pas d'air! Refiler des godasses avec des trous dedans plus gros qu'une merde de mammouth! C'est un monde de voir ça!
(Il boit )
- En sortant de chez lui, le type a pas trouvé de poubelle, alors il m'a refilé son paquet pour s'en débarrasser! Dans quel monde on vit, je vous le demande! Fumier va!
(Il balance les chaussures, après un temps.)
- Hé! Ça va? Tout va bien chez vous? Hein! Parce que par ici y'a rien de nouveau! Le trou du cul du monde!
(Il boit)
- Vous en voulez une goutte? Non? Vous avez raison, je fais des aphtes, et c'est pas joli joli là-dedans, pouvez me croire! C'est plus prudent de vous abstenir.
(Il boit)
- Ce matin y'a un type qui se pointe. Un sans- papier. Un négro quoi. Et le type il me demande si je peux lui refiler un coup de ma bouteille. Pas gêné le bougnoule! Avec tous les types de la mairie qui les aident ces mecs - là, il me demande encore de lui refiler ma bouteille! Là, je lui fais " Je veux bien te la refiler mais je te préviens, j'ai craché dedans" " Pourquoi t'as fais ça mon frère ? Qui me dit. Alors je lui fais, " C'est pour lui donner du goût et pour que les enfoirés dans ton genre ne viennent pas me piquer mon pinard! Voilà! Il a pas demandé son reste le négro! Il est parti plus vite qu'il était venu! Pouvez me croire! Moi je me laisse pas faire!
L'HOMME - C'est bien d'aider les sans-papiers.
LE SDF - Hein?
L'HOMME - Vous êtes raciste, c'est ça?
LE SDF - Raciste moi ? J'ai un copain de la Guyane française, noir de la tête aux pieds, et vous me demandez si je suis raciste !
L'HOMME - Alors pourquoi vous n'avez pas envie d'aider les étrangers sans papiers?
LE SDF - Moi je serais pas contre, si on aidait aussi les Français qui ont des papiers!
(Il boit)
L'HOMME - Je comprends, mais vous, vous n'êtes pas en danger.
LE SDF - Pas en danger!! Je suis pas en danger!! Avec toutes les petites frappes, tous ses enfoirés qui se baladent par ici et qui rêvent de m'éventrer de la plante des pieds jusqu'aux yeux! Vous trouvez que je suis pas en danger? Ici, c'est Bagdad et Kaboul à la fois mon gars! Alors après ça, si je suis pas en danger, je sais pas ce qu'il vous faut!
(Il boit)
L'HOMME - C'est pas ce que je voulais dire.
LE SDF - Et qu'est-c'que vous vouliez dire?
(Leger Silence)
- Qu'est-c'que vous vouliez dire!
L'HOMME - Vous êtes français vous. Ici, vous êtes chez vous. C'est pas pareil!
LE SDF - Ah oui je suis chez moi ici! Justement ! Je suis français cent pour cent! De père en fils. Et ça fait des millénaires!
L'HOMME - Ah. C'est très impressionnant!
(Le SDF boit)
LE SDF - Tous ces enfoirés qui traînent dans le coin et qui viennent me piquer mes affaires! Pas en danger?!
L'HOMME - C’est pas ce que je voulais dire, je vous prie de m'excuser.
LE SDF - Je risque de me faire éventrer par le premier passant venu et je suis pas en danger!
( L’homme, un peu agacé)
L'HOMME - Je me suis excusé.
LE SDF - Encore heureux! De toute façon, avec les anciens régimes, aider des mecs comme nous, ça n’intéressait pas grand monde, heureusement que maintenant on a notre nouveau président, lui, va pas falloir lui en promettre, il va changer tout ça, il l’a promis. Les autres, ils préfèrent aider une bande de négro sans papiers.
L’HOMME - Les négros sans papiers comme vous dites, et tous les autres, vous préféreriez qu’ils crèvent de faim chez eux, c’est ça.
LE SDF - Moi je dis, ou on les prend tous, plus de cinq cent million de crève la faim, ou on les aides chez eux ! Mais on prend pas seulement ceux qui peuvent ce payer le voyage pour venir jusqu’ici, en laissant les plus pauvres là-bas. Au font c’est logique ce que je dis, non ?
L'HOMME - Pour ça faudrait que votre nouveau président et tous les puissants prennent conscience du désastre, mais ça, ils s'en foutent pas mal!
LE SDF - De toute façon, notre président a dis que tout ça allez s’améliorer, faut lui laisser le temps de fermer les frontières et de faire les réformes, vous comprenez ? Après, il va nous aider.
L’HOMME - Un président qui aide des types comme vous ça existe pas, il vous aidera comme il aide le monde à mieux ce porter!.C'est à dire en ne faisant rien!
LE SDF - Vous vous tromper ! Ce président là, il est épatant!
L'HOMME - Épatant ?
LE SDF - Oui, épatant, parfaitement! Vous le trouvez pas épatant, vous! Hein ?
L'HOMME - Un type qui à le pouvoir et qui ne l'utilise pas pour des grandes causes et une crapule monsieur!
LE SDF - Laissez-lui le temps j’vous dis! Il vient d'arriver aux affaires. Il fera quelque chose, vous pouvez en être sûr ! Il veut plus de pauvres. Il veut plus que des riches notre nouveau président. En tout cas, c'est gentil de vous préoccupez d'un vieux type comme moi plein de poussière.
L’HOMME - Je me préoccupe pas de vous, je trouve l’humanité indigne c’est tout ! Partout dans le monde on laisse crever des gens, des enfants, on autorise des régimes totalitaires, des dictatures qui laissent mourir leur peuples, et personnes ne s’en indigne, à droite comme à gauche, personne ne lève le petit doigt, des fois juste pour la forme, j’ai honte d’être une bête lucide monsieur, nous sommes pire que les animaux et personne ne s’en rend compte, qu’est-c’que nous pouvons attendre de chefs élu d’une humanité barbare, égoïste à vomir, irresponsable, raciste et pourris jusqu’à la moelle ! S'ingérer dans les affaires d'un pays qui maltraite son peuple, c'est comme s'ingérer dans une famille qui maltraite ses enfants. On ne demande pas l'avis aux parents et c'est tant mieux!!!!!!Nous avons mis dieu au dessus de nous comme un paratonnerre, et nous nous sommes mi en dessous, rien que de pauvre pêcheurs incapable de comprendre que nous sommes les autres, des hommecaca, voilà ce que nous sommes, irresponsable et infantilisé, incapable de nous élever au dessus de notre nature, sans cette idée de dieu, nous nous serions peut-être comporter autrement, comme des vrais être humains, lucide, digne, et conscients de la souffrance des autres, mais nous n’avons pas la conscience des autres !
LE SDF
( Il a un regard circonspect vers l’homme. Il boit, après un temps)
- Avant je pouvais pas le voir! Je croyais que c'était un bluffeur! J'étais pour l'autre. Même si je savais qui y'avait rien à attendre de l'autre, j'étais pour l'autre! Maintenant je suis pour lui à fond! C'est un type épatant ! C'est le meilleur président qu'on a jamais eu !
( Froidement)
L'HOMME - C’est bien .
LE SDF - Oui, c'est bien, c'est très bien!
L'HOMME - Heureux les simple d’esprits, malheureux les aveugles et les sourds.
LE SDF
(Même Jeu)
- Vous êtes un types curieux vous.
( Leger temps)
L’HOMME - En attendant pourquoi vous appelez pas le 115 ?
LE SDF - Le 115 ! Pourquoi faire le 115 !
L'HOMME - Pour vous faire aider.
LE SDF - Si c’est pour m’aider comme ça ! Vous pouvez garder vos réflexions pour vous et repartir d'où vous venez!
L'HOMME - Vous devriez profitez du peu d'avantage qu'on les pauvres dans ce pays, allez voir une assistante sociale !
LE SDF - Plutôt me casser une jambe ! Les assistantes sociales, elles savent juste séparer les couples et vous dire qu'elles ne peuvent rien pour vous ! C'est tout ce qu'elles savent dire les assistantes sociales ! Elles attendent leur paye à la fin du mois, Des aides comme ça je peux m'en passer. Les assistantes sociales ! Rien que des profiteuses du système!
L'HOMME - C’est pas leur faute, c’est pas elles qui font le système, les responsables, c’est les fonctionnaires au dessus, le gouvernement et le président.
LE SDF - De toute façon, comme dis Lucien, les fonctionnaires, c'est comme les étagères, plus ils sont hauts et moins ils servent à quelque chose.
L’HOMME - J’vous l’fait pas dire ! En attendant au 115...
LE SDF - Non jamais !
L’HOMME - Pourtant….
LE SDF
(Se fâchant, le coupant. )
- J'ai pas envie d'aller dormir dans des dortoirs infects, d’accord ! Avec des mecs qui ronflent toute la nuit au dessus de la moyenne et qui hurlent à la mort le petit matin venu ! J'ai pas envie non plus de bouffer des trucs à la con dans des gamelles pourries ! La dernière fois que j'y suis allé j'ai attrapé la tuberculose, très peu pour moi! C'est là-bas que j'ai l'impression d'être un chien! Même si les gens qui vous accueillent sont pas tous désagréables. J'ai pas envie d’y retourner, y’a pas d'humanité dans ces endroits-là! Même si y'a des gens pour essayer de vous le faire croire ! Et tout ce que vous pouvez trouver là-bas vous rappelle que vous êtes un misérable ! Même avec du chauffage, il fait plus froid là-bas que dans la rue en plein hiver! Dans la rue, même si tu as peur, même si tu as faim, ou froid, tu dois rien à personne! Tu peux dire merde à la terre entière, et c'est ça qui est réjouissant dans notre malheur. Tu peux te regarder en face! C'est le plus important pour un homme, se regarder en face ! Mais ça, vous pouvez pas comprendre ! Les services sociaux non plus y comprennent rien! Ces choses là, tu peux les comprendre que si tu les ressens dans ta chair, de l'intérieur, tout là dedans, sinon, tu comprends que les mots, que le sens, mais pas la profondeur, tu ne ressens pas l'essentiel, la substance, tu ne ressens pas l'humiliation que ça engendre. C'est comme si on violait ton âme, ton esprit, dans ces endroits-là ! C'est ça qui faut comprendre! Et si tu te laisses violer ton esprit, tu es mort, complètement mort!
(Il boit)
L'HOMME - C'est ici que vous êtes vraiment dans la misère.
LE SDF - C'est là-bas la misère je vous dis! Elle suinte sur les mûrs, là-bas, la misère! Elle transpire de partout! C'est le genre d'endroit idéal pour se pendre figurez-vous!
L'HOMME - Peut-être, mais en attendant mieux, là-bas, vous pouvez déjà vous lavez, rester un peu digne.
LE SDF - ça vous sert à quoi de vous lavez et de restez digne si vous êtes pendu! Là-bas, y'a pas de dignité qui tienne je vous dis! En vérité, y'a rien de plus dégradant que de se faire aider dans des endroits comme ça! C'est ça que les gens n'arrivent pas à se mettre dans la tête! Là-bas, tu n'es rien qu'une petite chose dépendante de l'humeur des autres, et en plus tu dois la boucler! Parce que sinon, on pourrait te faire remarquer qu'on t'aide! Pas terrible pour retrouver la confiance ! On me fera plus aller au milieu de types encore plus abîmés que moi par la vie, et qui me renvoient l'image de ce que je suis, ou de ce que je pourrais devenir! Très peu pour moi! Non monsieur! Roland Pineau ne mange pas de ce pain-là!
L'HOMME - Roland Pineau est drôlement difficile !
LE SDF - Roland Pineau, il vous dit bien des choses !
(Il boit)
- Et pour ce qui est de la propreté, Monsieur Pineau, il a pas besoin de vos réflexions! Il se lave presque tout les jours figurez-vous!
L'HOMME - Dans le caniveau !
LE SDF - Pas du tout! A Vincennes, chez Monsieur Laurent, au terminus du château! Voilà ! Maintenant, vous savez tout! Et si vous me croyez pas vous pouvez aller là-bas vous renseignez ! Vous verrez, je suis pas n'importe qui!
L'HOMME - Ce Monsieur Laurent est un brave homme.
LE SDF - Oui, un brave homme! Que Dieu le bénisse! Madame Hélène aussi je la connais!
L'HOMME - C'est sa femme?
LE SDF - Oui, c'est pas son beau-frère!
(Il boit)
L'HOMME - Pour vous supportez, ce doit vraiment être des braves gens.
LE SDF - Les meilleurs du monde je vous dis! Lui, c'est mon meilleur ami! En plus, quand il peut, il me loge à l'œil !
L'HOMME - Gratuitement?
LE SDF - Parfaitement!
L'HOMME - Vous avez beaucoup de chance d'avoir un ami comme ça.
LE SDF - Je suis pas un clochard figurez vous! J'ai pas besoin de me faire humilier moi. J'ai des amis qui pèsent lourd! Je suis pas n'importe qui! Et en plus je mange là-bas comme je veux. Je suis le roi là-bas! On m'accueille à bras ouvert. Comme un ministre, je vous dis! On me respecte là-bas ! On m'appelle monsieur! Monsieur Pineau!
L'HOMME - Monsieur Laurent est un saint!
LE SDF - Parfaitement un saint! Il ira directement au Paradis!
(Il boit)
- Alors le 115, les services sociaux de la mairie, le conseil régionale, la SPA et tout ce merdier, faut plus m'en parler! J'irais me faire piquer plus tard, quand j'en aurais envie!
(Il boit)
- Notre nouveau président va arranger tout ça! Lui, c'est pas une assistante sociale! Il fera quelque chose!
L'HOMME - Il fera rien!
LE SDF - Quoi ?
L'HOMME - Il fera rien je vous dis!
LE SDF - Qu'est-ce que vous en savez?
L'HOMME -Un homme politique humaniste, ça existe pas!
LE SDF - Il a dit qu'il laisserait personne sur le bord de la route!
L'HOMME - Ca, c’est parce que ça fait pas propre sur le bord de la route!
LE SDF - N’importe quoi ! C'est un homme épatant !
L'HOMME - Si vous le dites!
LE SDF - Il nous a redonné l'espoir monsieur ! Il a redonné l'espoir à tout un peuple!
L’HOMME - Rien que ça!
LE SDF - Et avoir de l'espoir monsieur, ça compte dans la vie d'un homme !
L'HOMME - Je comprends! Et vous avez mis tous vos espoirs dans cet homme là !
LE SDF - Parfaitement ! C'est un homme remarquable qui va changer la face du monde !
L'HOMME - A la bonne heure !
LE SDF - Je suis très bien informé figurez-vous! Je sais ce que je dis!
L'HOMME - En fait, vous avez beaucoup de chance!
LE SDF - Oui, j'ai beaucoup de chance.
(Il boit)
- Vous aussi, vous avez de la chance ! On a tous de la chance d'avoir un président comme ça! Pas vrai ?
(L'homme allume une cigarette, il a l'air pensif.)
- Hé! Je vous cause!
(Toujours silencieux)
- C'est pas votre président? Hein? C'est ça! Hé ! Je comprends maintenant! Tout s'explique! Alors vous aussi vous êtes un étranger ? Vous venez encore d'un de ces pays de crèves la faim qui tire la France vers le bas! On a plus rien à vous refiler! On est raide! On a plus un rond! Y'a plus rien à plumer! Elle est ruinée la France! Sur la paille! Regardez la France!
(Il écarte les bras)
- Elle est en face de vous!
(Il boit)
- Qu'est c'que vous croyez! Vous vous imaginez quoi? Qu'on va se laisser emmerder comme ça encore longtemps !
(Il regarde l'homme plus attentivement.)
- Remarquez, je dis pas ça pour vous, vous c'est pas pareil, vous, vous présentez bien, vous êtes bien habillé et tout, non, si on avait que des étrangers comme vous qui viennent nous refiler leur pognon, on serait très content nous!
(Il boit)
- Qu'est c'que vous faites comme métier? Homme d'affaire Libanais? Prince arabe? Roi du pétrole ? Vous êtes Américain ? C'est ça! La C.I.A, le F.B.I! C'est quoi votre métier ?
L'HOMME - Alors comme ça vous êtes très bien informé?!
LE SDF - Vous faites quoi comme métier !
L'HOMME - J'aime beaucoup les gens qui se tiennent informé !
LE SDF - Répondre aux questions, c'est pas votre spécialité, vous, hein !
L'HOMME - Alors?
LE SDF - Alors quoi!
L'HOMME - Qu'est c'qu'ils disent aujourd'hui?
LE SDF - Qui ça?
L'HOMME - Aux informations, ils disent quoi?
LE SDF - Aux informations ?
L'HOMME - Oui! Qu'est-c'qu'ils disent !
LE SDF - Qu'est c'que j'en sais moi !
L'HOMME - Tout va bien ?
LE SDF - Vous croyez peut-être que je peux me payer des journaux! Ou une télévision à pile! Vous croyez peut-être que je roule sur l'or et que je planque un magot dans mon caddy! Vous êtes marrant vous les riches ! Vous vous pointez chez les gens comme ça, sans même y avoir été invité, en terrain conquis, et vous voulez qu'on vous donne les infos du jour! Vous croyez avoir à faire à qui! A une merde sur la tinette d'un chiote! On est pas à votre disposition! Maintenant, si vous me refiler un petit billet de dix, je dis pas, peut-être que je vous donnerais les infos du jour!
L'HOMME - C'est quoi comme ville ici?
LE SDF - Quoi ?
L'HOMME - Le nom de la ville ?
LE SDF - Quelle ville !
L'HOMME - Je vous ai posé une question !
LE SDF (Ils se regardent. Après un temps.)
- Qu'est c'que vous voulez? Vous cherchez quoi par ici? Vous n'êtes quand même pas venu jusqu'ici, dans une ville que vous connaissez pas, demander les informations du jour à un type que vous n'avez jamais vu!
L'HOMME - La malhonnêteté et la bétise ne sont-elle pas les pires des grossièretés monsieur Pineau ?
( leger temps)
La souffrance est toute autour de nous! Nous venons au monde, nous souffrons, nous mourrons, nous sommes seuls quoi que nous fassions, parce que c’est le choix qu’a fait l’humanité, ou plutôt que les puissants ont fait pour les homme caca, à quoi sert tout ça, je vous le demande Monsieur Pineau!
LE SDF
- Vous n'allez pas me croire, mais moi, avec ma bouteille, je me sens jamais seul! C'est incroyable qu'on puisse s'attacher comme ça a une bouteille!
L'HOMME - C'est pas bon!
LE SDF - Quoi? Qu'est c'qu'y n'est pas bon ?
L'HOMME - L'alcool, c'est pas bon pour se que vous avez ! Pas bon du tout !
LE SDF - Pourquoi ? Qu’est c’que j’ai ?
L’HOMME - Rien justement ! Vous êtes au fond du trou ! Voilà le problème !
LE SDF - L’alcool c'est pas bon pour les gens qui vont bien ! Pour des types comme moi, c'est vital !
L'HOMME - C'est votre médecine à vous en quelque sorte ?
LE SDF - Parfaitement ! Tiens, vous me faites penser que j'ai pas pris mes médocs!
(Il sort un sachet en plastic de son caddy)
L'HOMME - Vous souffrez ?
LE SDF - Si je souffre? Vous me demandez si je souffre! Je suis un véritable supplicier monsieur! Une plaie béante! Et vous me demandez si je souffre!
L'HOMME - Vous souffrez de quoi précisément?
LE SDF - De tout! Tenez ça, ces cachets là, c'est pour aller au petit coin. Deux cachets le matin, j'ai oublié de les prendre: ça, ça ferait chier une statue de bronze dans un parc, moi ça me fait à peine faire une crotte de mouche! J'ai les intestins bloqués! Je savais pas que c'était possible d'avoir les intestins bloqués! Ça, c'est pour éviter les gaz, parce que j'aime autant vous dire qui vaut mieux pas vous approchez! Et ça, ce truc là, c'est pour le pancréas;
(Il prend les médocs au fur et à mesure qu'il les énumère)
Ca, ce machin là, c'est pour mes varices, c 'est pour éviter de marcher dessus! Ca, c'est pour les brûlures d'estomac, ça, le cholestérol! Et ....ça... je sais plus…mais je les prend quand même!
(Il boit)
- J'en ai d'autres pour d'autres trucs, mais je sais pas ou je les ai foutus! En tout cas, je peux remercier ma femme. Tout ça, c'est depuis mon divorce. Ca m'a tout retourné là dedans! Ca ma foutu par terre et je me suis jamais relevé!
(Une sonnerie de téléphone se fait entendre)
- S'cusez ! Allo? Allo ? Y'a quelqu'un ! Allo ! C'est chaque fois pareille, quand je décroche, ça répond jamais !
(Il raccroche)
L'HOMME - C'est une bien belle machine que vous avez là !
LE SDF - Ouais, c'est ultramoderne !
L'HOMME - Vous l'avez eu où ?
LE SDF - Je l'ai pas volé figurez-vous ! Je l'ai trouvé sur un banc ! Je suis pas un voleur moi !
L'HOMME - N'empêche! Vous l'avez pas rendu!
LE SDF - Perdu, c'est perdu! Et trouvé, c'est gagné ! Bougez pas je vais vous faire une photo.
(L'Homme se retourne)
- Si vous me tourner le dos, je peux pas vous photographier! éh! Vous êtes pas dans le bon sens!
L'HOMME - J'ai pas envie!
LE SDF - Juste une! C'est pour faire voir au gros Lucien, que j'ai des amis qu'on du pognon!
L'HOMME - Je serais vous, je poserais tout de suite cet appareil!
LE SDF - Pourquoi ça?
L'HOMME - Je suis pas photogénique !
LE SDF - Je la garderais pour moi en souvenir, personne la verra.
L’HOMME - Si vous me faites une photo monsieur Pineau, je me verrais dans l'obligation de vous couper la tête dans les plus brefs délais!
LE SDF (Léger silence. Le SDF pose l'appareil)
- C'est louche!
L'HOMME - Quoi qu'est-c'qui est louche?
LE SDF - C'est louche d’avoir une réaction comme ça !
L'HOMME - Posez-moi cet appareil avant que je fasse un malheur!
LE SDF - Je l'ai déjà posé figurez vous! J'ai pas envie de prendre en photo un type qui a envie de me ratatiner!
(L'homme se retourne.)
L'HOMME - Vous avez bien fait !
LE SDF - Si vous avez de mauvaise intention à mon sujet, j'aime autant vous prévenir tout de suite que vous êtes mal tombé!
L'HOMME - Pourquoi ça?
LE SDF - Parce que j'ai toujours un truc sous ma couverture, en cas d'urgence, si vous voyez ce que je veux dire!
L'HOMME - Qu'est c'que vous allez vous imaginez! Moi, je suis là pour vous aidez c'est tout!
LE SDF - J'ai pas besoin qu'on m'aide! Laisser moi tranquille.
L'HOMME - Vous avez quoi sous votre couverture?
LE SDF - Quelque chose! C'est privé!
(Léger temps)
L'HOMME - C'est quoi le nom de la ville ici?
LE SDF - Foutez-moi la paix !
L'HOMME -Vous voulez pas me dire où on est !
(Léger silence)
- Monsieur Pineau ! Je vous le demande vraiment comme un service.
LE SDF - Y’a pas deux secondes, vous vouliez me couper la tête en deux et maintenant vous voudriez que je vous rende service ! Admettez que vous êtes curieux comme type, Non !
L’HOMME - Je déteste qu’on me prenne en photo !
LE SDF - J’avais remarqué merci !
L’HOMME - Bon, alors !
LE SDF - Alors quoi ?
L’HOMME - Vous voulez que je vous supplie à genoux, c’est ça ?
(Après un regard)
LE SDF - Si vous me refilez du pognon je dis pas! Parce qu'on en a marre de refiler des infos gratuites! Vous comprenez! Nous, les pauvres, on peut pas! On n’a pas les moyens! Le mérite, ça se paye ! Il veut récompenser le mérite notre président. C'est lui même qui la dit!
L'HOMME - C’est homme là dis des choses remarquables !
LE SDF - Et comment ! Il a tout le monde sur le dos ces temps-ci! Mais il va s’en sortir, et il sortira le pays de la merde, pouvez me croire!
L'HOMME - J'en suis sûr!
LE SDF - C'est le meilleur président qu'on n'a jamais eu !
L'HOMME - En tout cas, vous, vous n’en profiterez pas!
LE SDF - De quoi?
L'HOMME - De la récompense!
LE SDF - Quelle récompense?
L'HOMME - La récompense pour le mérite!
LE SDF - Comment ça! Pourquoi ça, j'en profiterais pas!
L'HOMME - Avec ce que vous avez sous votre couverture et votre caddy plein de saloperies, on peut pas dire que vous ayez beaucoup de mérite!
LE SDF (Vexé) - Ah tu crois ça mon salaud ! Dans le temps j'étais musicien ! Oui Monsieur ! Musicien ! Parfaitement ! J'étais pas n'importe qui ! Et je jouais pas n'importe quoi ! J'étais violoniste, je jouais du violon! Oui Mon bonne homme! Et pas de n'importe quel violon! Du Stradivarius, si Monsieur! Après ça j'ai divorcé avec ma putain de femme et on m'a piqué mon violon! Je me suis retrouvé à la rue, en pleine dépression, à m'empiffrer de tonnes d'antidépresseurs! J'étais pas beau à voir! Un véritable zombi! Et c'est là que des sales types en on profité pour me piquer mon instrument! Une bande de sans-papiers me sont tombé dessus et j'avais plus de violon! Rien! Juste une hémorragie cérébrale et la gueule en sang! Alors moi les sans-papiers, faut plus m'en parler!
L'HOMME - Vous avez vu leurs visages!
LE SDF - Leurs visages!? J'ai pas eu le temps ! Ca m'est tombé sur la gueule plus vite qu'une volé de plombs!
L'HOMME - Alors pourquoi vous dites que c'étaient des sans- papiers!?
LE SDF - Y'avait que ça dans le quartier je vous dis! Je me suis pas fait ratatiner la gueule par une bande de vieillards impotents figurez vous!
L'HOMME - C'est grave ce que vous dites!
LE SDF - Quoi? Qu'est c'qui est grave?!
L'HOMME - D'accuser des gens comme ça, sans la moindre preuve! C'est très grave!
LE SDF - Et se faire tabasser à mort par une bande de bougnoules et de négros vous appelez ça comment?!
L'HOMME - C'était peut-être des Français,des blancs bien de chez nous!
LE SDF - Ils avaient un accent je vous dis!
L'HOMME - Y'a des Français qu'on un accent!
LE SDF - Des vrais Français qui on un accent ça existe pas!
L'HOMME - A Marseille par exemple, ils on un accent!
LE SDF - Y'a des Français à Marseille?!
L'HOMME - La, je trouve ça facile Monsieur Pineau ! Et je pense que votre président n'apprécierait pas beaucoup ce genre d’humour !
LE SDF - Pourquoi ça ?
L'HOMME - Il est pas raciste lui.
LE SDF - Ca c’est bien vrai, c'est un type épatant je vous dis !
L'HOMME - C'est pas comme vous ! Vous, vous êtes raciste !
LE SDF - Faux, archi faux, je suis pas raciste ! J’ai jamais été raciste ! La preuve, j'ai épousé une toulousaine ! D'origine Laotienne en plus ! Comment je pourrais être raciste ? Hein ? Ca vous la coupe ça !
L'HOMME - Le racisme s'applique rarement en matière d'amour monsieur Pineau ! Et jamais en matière de sexe !
LE SDF - Donc vous me croyez pas !
L’HOMME - Pas vraiment monsieur Pineau.
(Léger silence)
LE SDF - Faut dire que des fois on aurait quand même des raisons ! Avec tous ces types qui viennent nous casser les pieds ! Non ?
L’HOMME - Non.
LE SDF - Il pourrait quand même comprendre ça notre président !
L’HOMME - Non, il comprendrait pas !
(Léger silence.)
LE SDF - Faut dire que lui dans son quartier, personne n’à envie de l'emmerder ou de lui piquer ses affaires ou son violon !
L’HOMME - Ca c’est vrai !
(Léger silence.)
LE SDF - Remarquez Monsieur Laurent non plus y comprendrez pas
L’HOMME - Vous voyez !
LE SDF - Si vous allez par là, allez pas vous amuser à allez lui répéter, parce qu’après ça il me ferait la gueule !
L’HOMME - Et peut-être qui voudrait plus vous nourrir !
LE SDF - Justement, y’a des chances ! Salope!
L'HOMME - Pardon?!
LE SDF - Non, je pensais à ma femme! Pendant que je me faisais massacrer, madame se faisait sauter à tous les coins de rues par le premier chauffeur de bus venu! Maintenant! Dès que j'en vois un, je lui crève les pneus!
L'HOMME - Moi je les trouve très gentil les chauffeurs de bus !
LE SDF - Ah ouais ? C’est surtout avec ma femme qui sont gentils !
L'HOMME - Vous devez beaucoup souffrir monsieur Pineau!
LE SDF - Une vraie nymphomane! Vous le saviez vous, que les chauffeurs de bus étaient les plus grands baiseurs de nymphomanes au monde !?
L'HOMME - Pas plus que les représentants en encyclopédies culinaires !
LE SDF - Elle se les est tous tapés sur la ligne! Les passagers avec! Vous voulez que je vous dise. Les femmes, elles ont un petit crochet dans la tête! Vous le saviez ça ! Quand il est en place, tout va bien, elles sont fidèles et tout, mais dès que le petit crochet saute, dès qu'il sort de son pas de vis, ça ouvre une petite porte qu'elles ont ici, juste là, une petite porte diabolique et là, c'est le feu d'artifice, elles se contrôlent plus, ça leur fait un déséquilibre dans leurs têtes et ça leur fait balancer leurs fesses dans tous les coins! Et le pire de tout, c'est qui y'a pas un seul petit crochet qui reste en place! Tôt ou tard, le petit crochet, il se débine! Et croyez moi, je sais de quoi je parle!
L'HOMME - Je vous crois.
LE SDF - Ah ouais ?
( Très leger temps)
- Vous, par exemple, vous avez bien une femme? Hein! Et vous aimez votre femme!? Normal ! Et forcément, elle vous aime aussi, beau garçon comme vous êtes, ça serait malheureux! Et vous vous imaginez comme tous les types dans votre genre qu'elle est bien sagement à la maison à vous attendre, à prendre soin de vos petites affaires! Et vous vous dites que vous avez de la chance! Et bien vous vous fourrez le doigt dans l'oeil! La seule chance que vous ayez, c'est celle de ne pas savoir ce qui se trafique derrière votre dos! Voilà la vérité!
Il boit
J'ai le désagrément de vous apprendre que vous êtes cocu monsieur, comme tous les types dans votre genre!
L'HOMME - J'ai fait un cauchemar cet après midi! J'ai fait un petit somme et j'ai fait un cauchemar. J'ai rêvé que je rentrais plus tôt de mon travail et que je trouvais ma femme sur le canapé du salon avec un représentant en encyclopédies culinaires!
LE SDF - Elles sont toutes pareilles!
L'HOMME Il tripote une bague entre ses doigts - J'avais acheté cette belle bague pour notre anniversaire de mariage et comme récompense, j'avais cette scène devant les yeux! Je leur ai dit ma façon de penser, après quoi, je suis sorti de la maison, mes pieds ne touchaient plus le sol, j'ai marché le plus loin possible pour allez jeter cette bague. Comme ça!
Il jette un objet
Cette chose est devenue pour moi le symbole de notre rupture! Ensuite, je crois que je me suis réveillé!
LE SDF - Vous avez fait quoi là?! Vous avez jeté la bague?! C'est ça?!
Le SDF se lève pour retrouver l'objet
L'HOMME - La souffrance nous guette monsieur Pineau! Elle est comme un oiseau de proie au-dessus de nos têtes!
LE SDF - Vous l'avez jeté par ici, c'est ça?
L'HOMME - Prête à fondre sur nous, toutes griffes dehors.
LE SDF - Faut pas faire des choses comme ça vous savez !
L'HOMME - Une insulte inéluctable à notre insouciance!
LE SDF - Autant chercher une couille dans un tas de rognon!
L'HOMME - Je ne supporte plus la souffrance monsieur Pineau!
LE SDF - Oui, d'accord, mais c'est pas une raison pour balancer un cadeau de mariage!
L'HOMME - Nous souffrons tous tellement. Nous souffrons même d'être heureux!
LE SDF - Balancer du pognon comme ça par les fenêtres, c'est ça qui me fait souffrir moi !
L'HOMME - Je l'ai pas acheté pour vous cette bague!
LE SDF - Ca, je sais merci! Mais si je tombe pas dessus, vous l'aurez pas acheté non plus pour le type qui va la trouver!
L'HOMME - Je l'ai pas jeté pour que quelqu'un la ramasse !
LE SDF - Je l'ai! Nom de Dieu! Elle est splendide!
L'HOMME - Je vous parle Monsieur Pineau!
LE SDF - Pour balancer un truc pareil, faut vraiment rouler sur l'or ou avoir perdu la boule!
Il retourne s'asseoir
L'HOMME - Vous non plus vous n'écoutez pas quand on vous parle Monsieur Pineau, et je dois reconnaître que c'est très désagréable!
LE SDF - Je n'arrête pas de vous écouter monsieur...Monsieur comment déjà?
L'HOMME - Je parlais de quoi monsieur Pineau?!
LE SDF Toujours sur la bague - Votre nom à vous c'est quoi déjà ?
L'HOMME - Vous êtes comme la plupart des gens, inconscients des dangers qui nous entourent ! Vous me faites mal monsieur Pineau!
LE SDF - Moi?! Je vous fais mal?!
L'HOMME - Rendez-moi cette bague!
LE SDF - Ah non, vous l'avez jetée!
L'HOMME - Pas pour que vous la ramassiez!
LE SDF - Jeter c'est perdu, trouvé c'est gagné!
L'HOMME - Rendez-moi ma bague!
LE SDF - Vous n'aimez pas la souffrance n'est ce pas?! C'est bien ce que vous avez dis ?
L'HOMME - Je hais la souffrance!
LE SDF - Si vous me reprenez cette bague, vous allez me faire beaucoup souffrir! Monsieur....?
L'HOMME - Vous vous rendez compte de ce que vous dites Monsieur Pineau?!
LE SDF - Oui, je me rends compte! Je souffre déjà beaucoup, vous l'avez vu vous même, et si vous me reprenez cette bague, vous allez m'achevez! Voilà ce qui va se passer!
L'HOMME - Vous êtes une crapule Monsieur Pineau!
LE SDF - Oui, des fois, c'est vrai, mais pas toujours, pas toujours!
L'HOMME - Regardez monsieur Pineau, regardez autour de vous, vous ne voyez rien ? Dites-moi Monsieur Pineau ! Dites moi ce que vous voyez !
LE SDF Il regarde - Y'aurez quoi à voir!
L'HOMME - Décrottez-vous les yeux, faites quelque chose! Regardez bien!
LE SDF - Qu'est-c'que je devrais voir ?!
L'HOMME - La vision du malheur et de la désolation monsieur pineau.
LE SDF - Ah c’est ça ! Je sais, je sais. A cette heure-ci, rien qu'à Bogota, vous avez 205 personnes qui son en train de se casser la jambe ou le bras. Et je parle pas des brûlés vifs, des assassinés, des accidentés de la route qui se sont cassé autre chose, des anesthésiés qui ne se réveilleront pas et de tous les autres! Vous multipliez ça par le nombre de villes et de villages à travers le monde et croyez-moi, ça vous fait un bon million de tonnes de souffrance à la seconde!
L'HOMME - Vous êtes un monstre Monsieur Pineau!
LE SDF - Ca m'arrive, ça m'arrive, mais pas toujours, pas toujours.
L'HOMME - Le malheur est arrivé ce matin à l'aube par le train de nuit. Il est là, tout autour de nous, qui nous guette tapis dans l'ombre, comme une bête affamé prête à nous dévorer et vous ne voyez rien monsieur pineau, vous êtes aveugle et sourd et sa me fait très mal! Rendez-moi ma bague!
Le SDF fait semblant d'avoir mal au ventre
Y'a une souffrance plus terrible que les autres!
LE SDF - Laquelle Monsieur...Monsieur...?
L'HOMME - La plus abominable de toute. Celle qui frappe les enfants!
LE SDF - C'est quoi votre nom déjà?
L'HOMME - Vous vous rendez compte Monsieur Pineau, cette société ne s'inquiète pas une seconde de ses enfants. Elle accepte immédiatement de marier des gens totalement irresponsables, qui divorce tout de suite après avoir fait des tas de gosses. Les avocats n'arrivent plus à suivre. Les enfants souffrent horriblement de ces séparations et personne ne fait rien. Personne ne hurle ! Personne ne dénonce la stupidité et la honte de ce monde affreux ! Et la situation s'empire chaque jour dans le silence machiavélique de la lâcheté et de l'hypocrisie! Voilà le monde qu'on nous prépare monsieur Pineau, et même, que nous avons déjà ! Voilà les adultes de demain ! Des êtres brisés par l'imbécillité de leurs parents, des services publics, des médias et des gouvernements. Le pouvoir aux imbéciles! Et dans tous les domaines! Vous m'écoutez Monsieur Pineau ?
LE SDF Regardant toujours la bague. - Oui, je vous écoute.
L'HOMME - Si nous donnons à nos enfants des valeurs humaines intelligentes, du respect, de l'attention et de l'amour, ils deviendront des adultes équilibrés. Responsables et respectueux des autres. Et ces valeurs se répercuteront sur le monde. Vous en dites quoi Monsieur Pineau ?
Le SDF regarde toujours la bague
LE SDF - C'est-à-dire…
L’HOMME - Si au contraire, nous leurs léguons, l'abandon, la violence et dieu, comme nous nous obstinons à le faire ! Ils deviendront des martyrs, des âmes perdus, des sectaires, des intégristes, des montres et des assassins ! Et croyez moi, je sais de quoi je parle Monsieur Pineau
Le SDF regarde toujours la bague
Moi je donnerais un demi salaire moyens par mois aux familles unis qui ont des enfants et qui s'en occupent bien. Et vingt salaires d'amende pour chaque parent qui divorce, ça donnerait peut-être aux imbéciles à réfléchir à deux fois avant de se marier et d'engendrer de pauvres malheureux. Mieux, J'interdirais le divorce dès lors qu'il y a des enfants ! Vous en pensez quoi monsieur Pineau ?
LE SDF Détaillant la bague. - C'est une bien belle bague.
L'HOMME L'homme, comme fou, se lève et marche vers le SDF. – Est-c'que vous allez m'écouter espèce de chancre immonde! Je vous parle des enfants monsieur l’homme caca!
LE SDF Apeuré - Oui, oui, je vous écoute!
L'HOMME L'air très ému - Les enfants sont des êtres merveilleux, il va falloir vous rentrer ça dans le crâne monsieur Pineau! Quand ils montent dans un arbre, ils n'ont pas peur de se casser la figure! Quand ils parlent à un adulte, ils se moquent de savoir si cette personne présente suffisamment bien pour lui adresser la parole! Quand ils s'allongent dans l'herbe, ils ne s'inquiètent pas d'attraper des bêtes! Ils parlent au vent! Aux branches des arbres. Aux fleurs et aux insectes. Ils sourient à la vie. Cette monstresse hypocrite dont la seule idée est de vouloir un jour leur faire du mal! Les enfants sont des anges merveilleux ! Des dieux libres ! Les seuls vrais êtres humains dignes de ce nom! Et les adultes les tuent, les massacrent. J’en suis la preuve vivante, oui, la preuve vivante Monsieur Pineau ! Vous pouvez comprendre ça?
LE SDF Apeuré - Je comprends, je comprends!
L'HOMME - Les enfants n'aspirent qu'à la tendresse, au bien être de chacun. Ils souffrent du malheur des adultes! Les enfants sont le contraire de la souffrance. Ce sont de petits êtres fragiles, réceptifs et modelables que la société transforme en punching-ball ! Vos chiens les déchiquettes dans vos cours, vos maisons, les journaux regorgent de ces drames affreux et personnes ne fait rien ! Ils souffrent en silence de la folie, de la bêtise, et de la cruauté des hommes, des pouvoirs tyranniques, des pervers ! Nous sommes des monstres Monsieur Pineau. Des bêtes abominables. Et le pire, c'est que beaucoup d'entre nous ne s'en rendent même pas compte! Même ceux qui on subit ces injustices ! Oui, face à la misère et à la souffrance des enfants dans le monde, nous sommes15 % de personnes intelligente affligés, 85% d'imbéciles égoïstes indifférents, mais 100 % de salopards! Nous devons offrir à nos petits ce qu'on nous a jamais donné. Nous devons les aimer, les écouter, les entendre, les orienter, les protéger davantage que nous le faisons. Et s'ils aiment les animaux, offrons leurs des chats ou même des souries et non des fauves ! Les enfants sont nos dieux monsieur Pineau, le symbole de la vie! Je crois aux enfants du monde entier! Ce sont des êtres qui donnent un sens à la vie des adultes. Même si nous n'en n'avons pas, tous les enfants du monde sont nos enfants, nos petits, que nous devons chérir, comme la plus merveilleuse des reliques. Ils sont les créateurs de demain. Ils sont l'avenir du monde, les bâtisseurs d'un monde meilleur! D'un monde adultes merveilleusement intelligent, solidaire et humain! Dans le cas contraire, et de façon certaine, nous irons de catastrophes en catastrophes, de désillusions en désillusions plus grandes encore que celles que nous connaissons aujourd'hui! Jusqu'à la fin de l'humanité sur la terre!
Il s’approche du SDF
Levez-vous Monsieur Pineau!
LE SDF - Pour quoi faire?
L'HOMME - Levez vous je vous dis!
Il se lève péniblement
Lançons un appel solennel au monde monsieur Pineau! Lançons un appel à tous les rois, à tous les chefs, les petits et les grands, à tous les présidents, à tous les irresponsables de la terre! Nous, Monsieur Pineau et moi- même, exigeons formellement de tous les responsables imbéciles de cette planète ridicule, que vos richesses, vos gouvernements, vos médecins, vos associations caritatives, vos armées, vos pompiers, vos juges, vos fonctionnaires, vos polices secrètes, vos religions et tout ce qui vous sert à imposer votre pouvoir, nous vous ordonnons absolument Monsieur Pineau et moi même de vous précipiter immédiatement dans les plaines, les campagnes et les villes du monde entier au secours de nos dieux réels, de nos géants pour lesquels nous devons tous nous battent, et qui pourtant dans trop de région du monde meurent de maltraitance, de faim et par manque de soins. Enfermons pour plusieurs vies, dans des hôpitaux d’hommecaca, les fous pédophiles, les adultes mal traitants, et condamnons jusqu'en enfer les véritables responsables, les chefs d'états, les chefs religieux, tout les êtres sournois et stupides qui sont au pouvoir de ce monde affreux, je vous hais autant que vous me faites souffrir, je hais vos dieux, tous vos dieux, je hais vos gourous, vos maîtres, vos rois, vos dictateurs, vos intégristes de toutes confessions, vos dominateurs et vos imbéciles en tout genre, je hais vos modes, vos rebelles de pacotilles, je hais vos journaux de presse, qui transcrivent si bien la stupidité qui est la votre, et qui montre tellement ce que vous êtes, je hais vos chiens atroces et puant que vous voulez sauver de l'euthanasie et qui tuerons encore l'innocence, je haie les représentants d'encyclopédie culinaire, les chauffeurs de bus, les hommes à queue de cheval, le mensonge et la stupidité générale des adultes, vos égoïsmes de tous poiles, même ceux de vos culs! Vos arrogances, vos prétentions, vos civilisations et tous vos cultes! Parasite de l'univers que vous êtes! Je ne reconnais que le culte de l'enfance, de la douceur, de l'honnêteté, de la fragilité, de la candeur, de la naïveté et de la pureté! Assassins !!!
Il se tait quelques secondes et aucun des deux ne bougent. Après un temps le SDF se rassoit extrêmement doucement, après un temps.
Vous aimez les enfants Monsieur pineau?
LE SDF Très apeuré - Je les adore!
L'homme retourne à s'asseoir
L'HOMME Après un temps, calmement - Les drames succèdent aux drames et la vie continue, la secrétaire retourne à son petit bureau, l'assistance sociale aux malheurs des autres, le ministre à ses travaux pas commencés, le boulanger à son pain à nourrir les crétins de tous calibres, le président à ses promesses, le religieux à son culte ridicule, et l'humanité poursuit sa marche en avant stupide et malfaisante comme si de rien n'était! Merci Dieu, merci le paratonnerre. Merci le petit nonosse que les bandes de toutous se disputent, les toutouts catholiques, les toutous musulmans, les toutous juifs et tout les autres, qu'on leurs enlève leur os, qu'on leur enlève leur dieu, peut-être qu'ils arrêterons de ce foutre sur la gueule et de nous emmerder ! Tout ça est à mourir d'indignation!
Le SDF Timidement, après un léger temps.
- Si vous dites des choses comme ça, vous allez finir par vous faire des ennemis!
L'HOMME - Je préfère être détesté par une majorité d'abrutti que honteux devant une poignée de gens formidables!
LE SDF ( Leger temps)
- vous devriez arrêtez de vous en faire comme ça, ou vous allez finir par vous faire du mal.
L'HOMME Après un silence - Comment allez-vous Monsieur Pineau?
LE SDF Hésitant - Je...pas très bien !
L'HOMME Calmement - Je vais vous aider monsieur Pineau.
LE SDF - Si vous continuer à vous énerver comme ça, vous allez vous faire un cancer, croyez moi.
L'HOMME - L'humanité ne se voit pas. Elle ne sait pas se regarder en face.
LE SDF - Oui mais comment peut-on faire?
L'HOMME - Pour se regardez en face, il faut savoir regarder le monde.
LE SDF - Les gens ne regardent que la télévision!
L'HOMME - En regardant la télévision, nous pouvons savoir qui nous sommes. C'est un outil merveilleux pour endormir nos sens et pour calculer le niveau de crétinité du monde! Le sport, la télé et l'idée de dieu monsieur Pineau, sont les trois mamelles du couillon.
(Léger temps)
- Quelle heure avez-vous monsieur Pineau ?
LE SDF - Attendez, je vais vous dire ça tout de suite!
Il regarde l'heure de son téléphone portable
21h02, exactement! Ah, c'est l'heure des infos ! Vous permettez ?
Il allume sa radio
« ….15800 mort depuis le début de cette guerre. Manifestation aujourd'hui à Paris contre la hausse des prix. Un million de personne d'après les organisateurs ont défilées de République à la Bastille, nous rejoignons Martin De Gorce ! » « Oui Julien, après quelques échauffourées avec la police, la manifestation s'est dispersée dans le calme, j'ai avec moi un manifestant, Monsieur, dites-nous votre sentiment sur cette journée ! « Simple, très simple ! Trop cher et trop cher! Trop cher partout! A la gare d'Austerlitz par exemple, le prix des toilettes à augmenter de 300 pour cent, bientôt, faudra se balader avec son sac à merde ! » « Plus sérieusement ! « « Pisser et chier, c'est très sérieux Monsieur, on fait ça plusieurs fois par jours ! Pour le reste, tout est devenu hors de prix, pour vivre normalement, sans excès, faudrait gagner le double de salaire, c'est valable pour tous les corps de métier et tous les niveaux de qualification ! A l'exception des grands patrons, si vous voyez se que je veux dire ! « Hors antenne, vous me disiez que vous craigniez le pire ! » « Si le gouvernement ne fait rien, tous ça, finira mal, c'est sûr ! Cent pour cent sûr ! » « Merci de votre témoignage » Un homme d'une cinquantaine d'années a tué le directeur d'une agence postal sous prétexte qu'il ne supportait plus attendre debout de longue minutes dans la file d'attente, ayant un problème à une jambe, l'homme aurait rétorqué pour sa défense qu'a l'époque ou il pouvait s'asseoir grâce aux tickets numérotés, il ne s'énervait jamais. C'est en fin d'après midi, dans un pavillon de Neuilly, que la police à découvert un véritable carnage, un homme est une femme d'une cinquantaine d'année, on été retrouvés atrocement mutilés … »
L'HOMME - Fermer moi ça tout de suite !
« D'après un témoin, les soupçons s'orienteraient vers un mari jaloux, toute personne... »
Il éteint la radio
LE SDF - Pourquoi !
L'HOMME - J'ai pas envie d'écouter ça!
LE SDF Après une hésitation - Mais les informations, c'est toujours des trucs comme ça !
Silence
L'HOMME Après un temps - Votre femme vous manque monsieur Pineau?
LE SDF - Vous avez des drôles de questions! Elle m'a manquée durant des années, aujourd'hui, je ne sais même plus si elle a existé!
L'HOMME - La mienne me manque déjà beaucoup!
LE SDF - Je vous comprends, allez vite la retrouver!
L'HOMME - Je ne peux pas! Si je suis ici c'est parce que je suis cocu!
LE SDF - C'est pour ça que vous avez jeté la bague !
L'HOMME - En rentrant à la maison j'ai vraiment trouvé ma femme sur le canapé du salon avec ce représentant en encyclopédies culinaires!
LE SDF - Tu parles d'une couille! J'ai compris tout de suite pourquoi vous étiez énervé comme ça! Maintenant, il s'agit de ne pas se laisser aller, faut juste se concentrer et se dire que ce n'est rien du tout, juste un petit accident! C'est juste le petit crochet qu'a foutu le camp et la porte s'est ouverte! Mais une porte, ça se referme mon cher Monsieur. Après quelques heures, ou au plus quelques jours, le petit crochet, il se remettra en place!
Léger temps
Avec la mienne, la porte est restée grande ouverte. Avec, en plus, un putain de paquet de courants d'air! Vous savez! C'est nous les objets sexuels ! C'est les femmes qui nous possèdent. Ce sont elles qui nous baisent en nous faisant croire le contraire! Nous on prend ce qu'on trouve. Elles, elles trouvent ce qu'elles veulent! C'est ça la grande différence! Nous, on baise ce qu'on peut et on meurt, comme les insectes! Elles, les femmes, elles baisent qui elles veulent, quand elles veulent! Elles sont éternelles, oui mon ami, éternelles! Elles éjaculent en permanence dans leurs têtes. Nous, c'est avec notre pauvre machin qu'on éjacule, et ça ne dure que quelques secondes. Et quand on a fini, on a envie de se tailler, rejoindre, si on en a, notre femme et nos enfants! Elles, elles en veulent encore et encore. Et elles ne veulent plus vous quittez. Elles sont même prêtent à oubliez tout se qu'elles ont derrière elles! C'est ça la différence entre elles et nous Monsieur, c'est la grande différence.
L'homme a l'air pensif, le SDF le regarde
Ça va?
Même jeu
Vous vous sentez bien?
L'HOMME - ça va.
LE SDF - Vous n'avez pas la boule ici?
L'HOMME Répétant machinalement - La boule?
LE SDF - Oui, la boule ici! Au creux de l'estomac! La petite bête!
L'HOMME - Non!
LE SDF - C'est encore frais, c'est pour ça! J'espère que cette saloperie de bestiole va pas venir vous ronger !
L'HOMME - Y'a pas de bête qui me ronge.
LE SDF - Elle viendra, vous pouvez me croire. Malheureusement, elle va montrer le bout de sa trompe, et elle va vous manger le cœur jusqu'a la dernière goutte de sang!
L'HOMME - Elle ne viendra pas!
LE SDF - Comment vous pouvez en être aussi sûr?
L'HOMME - Je le sais c'est tout!
LE SDF - La seule chance que vous ayez, c'est d'allez retrouver votre femmes le plus vite possible!
L'HOMME - Je ne peux pas!
LE SDF - Vous lui pardonnerez et tout rentrera dans l'ordre!
L'HOMME - C'est trop tard Monsieur Pineau!
LE SDF - Quand on aime les gens c'est jamais trop tard! Vous allez mettre votre mouchoir par dessus votre orgueil de mâle blessé et vous allez rentrer bien gentiment chez vous! Vous lui offrirez la bague que vous avez achetée et tout recommencera comme avant!
L'HOMME - Vous êtes prêt à me rendre la bague?
LE SDF - Oui monsieur, je vous la rends.
L'HOMME - Vous êtes un brave homme monsieur Pineau.
LE SDF - Je sais!
L'HOMME - Merci monsieur Pineau!
LE SDF - De rien! Je suis sûr qu'elle vous attend, prête à vous demander pardon.
L'HOMME - Je ne crois pas monsieur Pineau!
LE SDF - Pourquoi! Pourquoi ça!
L'HOMME - Parce qu'il va falloir d'abord recoller les morceaux!
Le SDF - Eh ben vous allez le faire, vous allez recoller les morceaux !
L'HOMME - ça va êtes dure !
LE SDF - C'est toujours dur. Mais des fois ça vaux le coup !
L'HOMME - Le chien a dû en bouffer quelques morceaux !
LE SDF Après un temps. - Vous ...!
L'HOMME Léger temps - Oui monsieur Pineau! Je sais que vous allez avoir du mal à me comprendre, mais, elle aussi souffrait beaucoup vous savez !? C'était une femme fragile et émotive. Trop faible. Surtout avec les hommes. Je l'ai soulagée de son enfer sur Terre monsieur Pineau!
LE SDF Léger temps - Vous... voulez dire... vraiment...?
L'HOMME - Oui. C'est ça, vraiment! Je sais, moi aussi j’ai fait l’imbécile Monsieur Pineau. Vous voyez, c’est à la portée de tout le monde ! Oui, j'ai fais une grosse bêtise! Le représentant en encyclopédies aussi je l'ai soulagé! Ca fait deux bêtises! Lui, c'était rien qu'un pauvre garçon plein de tourment! Cet acharnement à vouloir sauter toutes les femmes seules qui lui passait à portée de la queue, dénote d'une grande fragilité et d'une grande souffrance. Vous comprenez?
LE SDF Il a peur - Je...je voudrais pas être..heu... désagréable mais...mais vous devriez allez voir quelqu'un, ....y'a justement... un hôpital tout près d'ici. Ils vont bien s'occuper de vous, ...vous verrez. Je...je peux même vous y accompagner si vous voulez ?
L'HOMME - C'était une piètre mère de famille!
LE SDF - Pourquoi ça?
Léger temps
- Vous aviez des enfants?
L'HOMME - Non, malheureusement. Nous n'avons jamais eu d'enfants.
LE SDF - Alors pourquoi vous dites qu'elle était une piètre mère de famille?
L'HOMME - Avec ce qu'elle avait dans la tête. Tous ces types tout ça ! Elle aurait probablement été une très mauvaise mère de famille, même si je dois lui reconnaître le bon sens de ne pas en avoir eu !
Léger Temps
- N’empêche, je suis sûr que vous auriez agi comme moi à ma place!
LE SDF - Ah.... non, je ne crois pas…!
L'HOMME - Et vous auriez laissé ces pauvres gens dans la douleur et la culpabilité !
LE SDF - Bon,…. je vais pas tarder monsieur, j'ai pas vu passé l'heure. Et Je commence à avoir un petit creux.
L'homme ne répond pas, léger temps
- je...je n'ai rien avalé de la journée, faut me comprendre....
Même jeu
- Je...je vais aller me grignoter un petit sandwich au coin de la rue, histoire de pas dormir le ventre vide…
L'HOMME - Vous voulez me laisser tout seul? Comme ça! Sous la lune, avec personne à qui parler! Personne à l'horizon.
LE SDF - Faut bien que j'aille grignoter quelque chose!
Silence
- Je me rappelle pas la dernière fois que j'ai avalé quelque chose. ...C'est.... pour vous dire !...
L'HOMME - La faim est quelque chose d'épouvantable monsieur Pineau!
LE SDF - Je sais, je sais, ça je sais! C'est pour ça que….
L'HOMME - Vous pensez des fois à ces milliers d'enfants qui meurent de faim chaque jour à travers le monde ?
LE SDF - Heu...Oui, oui, bien sûr!
L'HOMME - Et sachant ça, vous n’êtes pas choqué par le faite de voir ce monde, pourtant si religieux se comporter comme il le fait ?
LE SDF - Mais j'y pense...monsieur..
L'HOMME - Vous mentez monsieur Pineau!
LE SDF -…Des fois j'y pense...
L'HOMME - Mais pas souvent!
LE SDF - C'est vrai, ...pas assez, pas assez!
L'HOMME - Et ça vous fait du mal!
LE SDF - Du mal? Ah oui, ça me fait du mal de ne pas y penser davantage, ...bien sûr…
L'HOMME - Et vous, à la différence de tous ces gens qui nous entour, vous regrettez cet état de fait?
LE SDF - Bien sûr! Evidement…
L'HOMME - Alors, vous devez beaucoup souffrir!
LE SDF - Oui, Je.... Enfin...
Le SDF se lève pour partir
L'HOMME - Vous faites l'autruche !
LE SDF - Oui ! ... non...J'essaye de ne pas trop y penser... pour pas me coupez l'appétit. C'est tout.
Il va pour se débiner.
L'HOMME - Vous allez où monsieur Pineau?
Le SDF - Je vais grignoter quelque chose.
L'HOMME - Chez monsieur Laurent?
LE SDF - Peut-être bien, parce que moi aussi ce soir, j'aurais besoin d'un petit peu de réconfort!
L'HOMME - Vous n'irez nulle part ce soir monsieur Pineau! J'ai encore beaucoup de chose à vous dire!
LE SDF - On pourrait pas remettre ça à demain?
L'HOMME - Non monsieur Pineau, qui sait où nous serons demain!
Il s'approche du SDF
LE SDF Essayant d'être impressionnant. - Ne vous approchez pas ou je sors mon arsenal! Vous avez compris espèce de dingue! Et je vous jure que ça va vous faire tout drôle!!
L'HOMME Très calmement. - Allez-y! Sortez-le! Qu'est c'que vous attendez?
Le SDF sort une vieille pétoire, vise l'homme et se met à trembler
C'est pas facile de tirer sur un homme quand on n’a pas de raison valable. Dans votre cas, il n'y a que la peur pour vous donner ce courage! Moi, je voulais juste vous rendre service, mais si vous voulez pas qu'on vous aide, n'en parlons plus! Tirez!
Léger temps
Qu'est c'que vous attendez?
Silence
Alors! C'est pour aujourd'hui ou pour demain !
LE SDF Il a très peur, désabusé. - C'est un faux!
L'HOMME - Ah! Evidement. C'est une bonne raison. Tenez, prenez le mien!
Il lui tend son propre pistolet
Allez-y, faites pas de manière, n'ayez pas peur !
LE SDF - Vraiment ?
L'HOMME - Si je vous le dis ! Ca, c'est un vrai ! Attention de ne pas vous blesser!
Le SDF tire vers l'homme mais le coup ne part pas.
Alors !
LE SDF Au bord de la syncope - Y marche pas.
L'HOMME - Comment ça, il marche pas !? Je viens de tuer deux personnes avec et vous me dites qu’il ne marche pas ! Donnez-moi ça ! Vous êtes incroyable comme type ! Vous allez finir par nous faire une dépression si ça continu ! Vous savez, c'est très dangereux la dépression, y'a des gens qui s'en remettent jamais ! Vous pouvez me croire !
Il regarde le pistolet
Qu'est c'que vous avez trafiqué avec ce pistolet !
LE SDF - J'ai rien touché je vous jure ! J'ai juste appuyé sur la détente, mais le coup n'est pas parti.
L'HOMME - Normal ! Y'a plus de balles dedans ! J'ai tout mis dans la tête des deux autres et j'ai oublié de recharger! L'émotion, sûrement!
Il recharge l'arme devant le SDF pétrifié.
LE SDF Nerveusement - Sûrement.
L'HOMME - Voilà! C'est fait! Où en étions-nous Monsieur Pineau!
Le SDF parle mais les sons ne sortent pas.
J'entends rien Monsieur Pineau !
Même jeu
Qu'est-c'que vous racontez ?! Vous pourriez pas parler plus fort!
LE SDF Très embarrassé. - Vous m'aviez donné votre revolver.....
L'HOMME - Oui, et alors?
LE SDF - Alors...maintenant qu'il est chargé, je...
L'HOMME - Vous voulez quoi Monsieur Pineau ? Pourquoi faire je vous ai donné mon révolver ?
LE SDF - Pour...
L'HOMME - Allez au fond de votre pensée monsieur Pineau!
LE SDF Après un temps, il éclate. - Allez-vous en Monsieur! Je vous en supplie! Laissez-moi tranquille! S'il vous plait! Foutez-moi le camp !
L'HOMME - C'est pas gentil ce que vous dites. J'étais venu pour vous rendre service! Vous aider!
LE SDF Il se met à genou - Laissez-moi tranquille. Je vous en supplie ! Je suis très bien comme ça, je vous jure. J'ai pas envie qu'on me rende service, ça fait des années que je vis comme ça, j'ai besoin de personne. Je suis très bien ici; Tout va bien. Si vous tenez absolument à me rendre service. Alors partez monsieur. Là, vous me rendrez service!
L'HOMME - Et vous voudriez que je vous laisse avec toutes ses bandes qui on envie de vous éventrer de la plante des pieds jusqu'aux yeux !
LE SDF - C'est pas des gens méchants croyez moi. Juste une bande de petits jeunes qui cherche à rigoler un peu. C'est tout !
L'HOMME - N'empêche, y'a pas de quoi être tranquille !
LE SDF - Faut plus vous tracasser pour moi je vous dis!
L'HOMME - Vous êtes sûr que tout va bien?
LE SDF - Très bien, je vous dis! Tout va très bien! Faut plus vous en faire !
L'HOMME - Et tous ces Noirs. Ces Arabes qui vous volent vos affaires et votre bien être !
LE SDF - Pas du tout! J'adore les noirs et les arabes! Faut de tout pour faire un monde, et chez monsieur Laurent, y'a mon ami Robert, le guyanais. C’est une preuve ça ! C'est mon meilleur ami!
L'HOMME - Je croyais que c'était monsieur Laurent votre meilleur ami?
LE SDF - Oui! Et lui, c'est mon deuxième meilleur ami ! Et y'a aussi les autres, Monsieur Thierry et tout les autres!
L'HOMME - C'est un Arabe Monsieur Thierry?
LE SDF - Non! Auvergnat!
L'HOMME - Alors ça prouve rien!
LE SDF - Hein?
L'HOMME - Asseyez-vous Monsieur Pineau!
LE SDF - Pour quoi faire?
L'HOMME - Vous n'avez rien compris à mes intentions! Vous avez l'air dans tous vos états ! Je n'ai jamais eu l'intention de vous faire peur. Je souhaite juste vous aider! Asseyez-vous!
LE SDF - D'accord! Je m'assois. Si vous me promettez de vous en allez le plus vite possible et de me laisser tranquille!
L'HOMME - Assis!
LE SDF - Oui.
(Il s'assoit)
L'HOMME - Je m'en irais après vous avoir dis se que j'ai à vous dire et avoir fais se que j'ai à faire!
(Léger silence)
- Vous savez pourquoi nous sommes là?
(Même jeu)
- Je vous parle monsieur Pineau ! Savez-vous pourquoi nous sommes là!
LE SDF - Ici?
L'HOMME - Non! Sur Terre!
LE SDF - Je....
L'HOMME - Et vous savez pourquoi vous ne le savez pas monsieur Pineau?
LE SDF - ...Non!
L'HOMME - Vous ne le savez pas, parce que personne ne le sait! Nous naissons et nous mourons. Et entre ces deux extrémités nous sommes dominés par cinq grandes émotions ! La haine, l'amour, la peur, l'envie et l'ennuie. Et durant toute cette vie nous n'aspirons qu'à une seule chose, être heureux, et arriver au bout du chemin le plus tard possible! Pourquoi? Pourquoi Monsieur pineau? Je vous le demande? Pourquoi faire? Pourquoi souhaitons-nous être heureux alors que nous savons vous et moi, Monsieur Pineau, que les choses de l'existence ne durent pas! Pourquoi nous ne voulons pas mourir Monsieur Pineau alors que nous savons que c'est inéluctable! Vous, par exemple, qui resté toute la journée par terre sous votre couverture, vous attendez quoi Monsieur Pineau, sinon la mort!
LE SDF - Vous vous trompez, je n'attends pas la mort!
L'HOMME - Vous attendez quoi alors? Des jours meilleurs?
LE SDF - Grâce à notre nouveau président...
L'HOMME - Laissons là notre nouveau président monsieur Pineau! Je vous pose une question! Qu'attend la ménagère dans son pavillon ou dans son HLM de banlieue?
LE SDF - Je...
L'HOMME - Vous ne savez pas ! Le retour de son mari ! Le retour de son foutu mari qui ne vient pas! Et pour cause, il est au bistro à s'enfiler des Ricard à tout va pour oublier sa pauvre condition d'ouvrier non qualifié, payé à coup de la